LE PATRON

MERCI PATRON

Le patron demeure une phase du dressage qu’il faudra aborder de plus en plus tôt notamment pour les chiens de races britanniques. En effet l’évolution du règlement des field-trials, qui n’a qu’un objectif l’amélioration des races, différencie maintenant les continentaux des britanniques dans la manière d’aborder le titre de champions. On s’est dit rendez vous dans dix ans pour savoir si ce changement, parfois mal perçu, contribuera effectivement à l’amélioration des races. J’ai adhéré à cette modification.

Le « patron » c’est le respect spontané d’un autre chien à l’arrêt. Cela ne devrait pas paraître compliqué  dans la tête d’un chien, il arrête je m’arrête et pourtant ce n’est pas si simple.

Si la qualité première d’un chien de chasse c’est de chercher et de trouver vous comprendrez bien qu’en couple, s’il n’y a pas une lutte permanente entre les deux protagonistes, un parcours de field, tout comme une matinée de chasse ne peut être que triste.

Voyons ensemble comment mener à bien l’apprentissage du patron.

Votre chien « grille » systématiquement le patron. Il faut donc lui apprendre le respect de l’autre car vous qui l’avez ce respect de l’autre, ce genre d’attitude vous contrarie.

Solution : Il vaut mieux être deux pour apprendre le patron à un chien à moins d’être particulièrement doué. Considérons donc que vous ne l’êtes pas… avec toutes mes excuses.

Travaillez en milieu ouvert et dégagé ce sera plus facile pour tout le monde. Il faut laisser chasser le chien qui va servir « d’appât » et attendre que celui-ci arrête. Votre aide ne s’occupe que du chien qui chasse pendant que vous vous suivez avec votre propre chien en laisse. Cette laisse sera plus longue que la moyenne. Derrière, votre chien trépigne car il est très contrarié de ne pas pouvoir courir comme il le fait habituellement. Vous attendez l’arrêt de l’autre qui viendra d’autant plus vite si vous provoquez l’action avec du gibier d’élevage et endormi façon tourniquet de TAN. L’arrêt est là, devant vous, approchez avec l'étudiant du moment. Il regarde l’autre, s’énerve, tire sur la laisse pour faire comme d’habitude passer devant, voler l’arrêt et mettre à l’envol éventuellement, par jalousie…. Car c’est ce qui se passe en général. Dans ce cas à vous de jouer sur la laisse par des secousses arrières en opposant votre force à celle du cabot. Vous pouvez lui parlez comme d’habitude en lui disant d’une voix ferme, patron, pas bouger, down ou simplement non en fonction des mots qu’il connaît déjà. Quand la laisse n’est plus tendue vous pouvez caresser en répétant d’une voix plus douce le mot choisi. Vous ne devez pas vous rapprocher trop du chien à l’arrêt, 10 mètres c’est bien. Plus près et même à cette distance votre chien peut prendre à son tour l’émanation du gibier. Cela n’a pas d’importance mais comme ce n’est pas l’émanation qui doit transformer son patron  en arrêt mais uniquement la vue de l’autre, il est préférable que vous vous ne mettiez pas dans le fameux cône d’émanation dont parlent certains grands connaisseurs. Arrivez par un côté par exemple afin que le vent ne porte pas l’émanation. Si votre élève prend tout de même cette émanation avec son concurrent dans l’axe, il apprend tout de même à respecter l’autre tout en percevant l’odeur, ce qui n’est pas forcement gênant. Veillez tout de même à ce que son réflexe se déclenche sur  l’image de l’autre chien et non sur l’effluve du gibier.

Ne croyez surtout pas que votre chien comprendra en une seule fois. Malgré tous vos efforts vous aurez l’impression que votre chien ne comprend rien et ce n’est pas parce qu’il ne veut pas qu’il ne comprend pas.

Comment savoir s’il a compris ? C’est très simple vous aurez de moins en moins à tirer sur la laisse pendant l’exercice. Il faut savoir que lorsque le patron est appris de cette manière votre chien à force de répétitions s’arrête mais n’a pas une position très tendue, comme celle de l’arrêt. Il respecte parce que vous lui avez appris mais cela ne lui fait pas forcément plaisir. Caressez à chaque fois que votre chien amorce un semblant de ralentissement à la vue de l’autre. L’expression de race au patron viendra plus tard et toute seule sans que vous sachiez vraiment pourquoi. Dans la tête de votre chien le cheminement se fera tout seul : si l’autre arrête c’est qu’il y a quelque chose devant. Paco Rabanne m’a dit que j’étais chien d’arrêt dans une autre vie c’est pour cela que je sais. Ceci dit, l’homme, qui fait cheminer dans sa tête les événements comme cela l’arrange, dira mon chien n’avait pas à patronner car il n’y avait rien devant l’autre chien. L’homme a tort, le chien doit patronner toujours. Le chien fait confiance à ses congénères, l’homme aussi mais parfois à tort, le chien jamais.

Votre auxiliaire de chasse semble avoir compris ce que vous attendiez de lui vous le lâchez maintenant en couple.

- L’occasion de patron se présente, il le prend, parfait vous avez gagné. Appuyez le tout même au cas où il aurait envie de monter. Souvent les chiens fraîchement mis au patron glissent doucement vers celui qui arrête, appuyez alors de la voix et tirez le doucement, par la queue quelques mètres en arrière si vous en êtes proche.

- Malheureusement Il « bouffe » ce patron dont vous  rêviez et vous avez l’impression d’avoir travailler pour rien. Il n’en est rien, le chien a simplement compris qu’il n’était plus attaché et qu’il avait à nouveau tous les droits Vous le reprenez le plus rapidement possible et vous le remettez à l’endroit ou il aurait du s’immobiliser. Par la peau du dos et sévèrement mais sans énervement.

- Un autre cas de figure peut se présenter : il amorce le patron mais glisse jusqu'à se placer à 50 cm du croupion de son camarade de chasse. Vous n’avez pas eu le temps d’intervenir parce que l’action se situait trop loin de vous Dans ce cas aussi vous le tirez par la queue dans l’axe arrière où la position aurait du être prise. Il est évident que vous ne le tirez pas sur 50 mètres la queue n’y résisterait pas, 5 mètre suffiront dans ce cas de figure. Vous avez de la chance d’avoir un pointer car c’est plus compliqué avec un épagneul breton. Après l’avoir remis en place, restez à coté de lui un moment, caressez longuement en employant gentiment le terme que vous avez choisi plus haut.

Pour toutes ses opérations assurez vous que votre chien ait bien vu son rival à l’arrêt car si tel n’était pas le cas il n’y comprendrait rien le pauvre. A l’inverse ne lui cherchez pas systématiquement des excuses comme le font souvent les maîtres qui débordent souvent de tolérance… Surtout en concours, on ne sait pas pourquoi les juges voient toujours que le chien a vu et aurait du patronner alors que le conducteur pense que le chien n’a pas vu donc pas pu. La réciproque n’a pas encore existé à ma connaissance….

Votre chien peut très bien voir sans que vous en aperceviez. Il peut aussi éviter l’autre chien de façon tellement intelligente et imperceptible que vous ne le remarquerez peut être pas tout de suite. S’il « blinke » le patron ce qui peut arriver, il vous faudra être patient et attendre que sa passion reprenne le dessus. Son « blinkage » peut prendre des formes différentes. Il est possible que votre chien se mette à quêter en arrière de vous pour éviter au maximum son concurrent qui lui se trouve devant. Il n’y a pas de solution, sinon que de faire courir à nouveau seul en alternance avec des sorties en couple. En principe cette attitude ne dure pas. Quand il voit un chien à l’arrêt votre apprenti peut aussi couper systématiquement ses lacets pour ne jamais venir au contact. Vous pouvez observer le manège et attendre autant de temps que vous le permettra le chien qui tient l’arrêt mais pour couper court à la séance arrêtez votre chien et ramenez le vers l’autre en le ramenant calmement en laisse, à l’endroit qui vous semble opportun et où il aurait du patronner. Positionnez vous à coté de lui, arrêtez vous quand vous êtes certain que « l’arrêteur » est dans le point de mire et caressez toujours. A force de répétition vous obtiendrez le résultat cherché.

Vous l’aurez compris pour accomplir ces exercices il vous faudra un compagnon de route d’une patience à toute épreuve avec un chien parfaitement mis. Si tel n’est pas le cas vous raterez quelques séances et le travail sera plus long.

votre chien commence à patronner vous irez vous positionner à côté le lui le plus rapidement possible. Ensuite votre pas se fera plus lentement pour abuser de son impatience et de juger de cette manière son envie de tenir.

Le « blinkage » du patron peut se concrétiser d’une autre manière. Dés que le concurrent est à l’arrêt et que votre chien l’aperçoit il abandonne sa quête et revient vers vous. Dans ce cas vous courrez vers lui, vous le positionnez regardant l’autre et vous caressez en employant le mot que vous aurez choisi qui peut être « patron » pas bouger ou autre.    

Sachez aussi que le patron s’apprend en dernier dans la vie d’un chien et que si un dressage de base n’a pas été réalisé avant ( rappel, obéissance parfaite, sagesse sur le gibier ) votre travail risque d’être plus compliqué et il sera préférable pour vous de chasser seul.

Abordons maintenant le cas où votre chien patronne naturellement car cela arrive et c’est un don du ciel que vous devrez savoir exploiter. Naturellement des chiots qui jouent dans un parc d’ébat peuvent se patronner mutuellement. Ce jeu se prolonge par un coulé et puis un bondissement qui se termine en roulade générale. C’est un amusement pour eux qui peut vous permettre d’estimer le travail qui vous attendra plus tard.

Quand vous êtes en action de chasse et que votre chien patronne naturellement il faut bien entendu aller à votre chien, le caresser, l’empêcher de monter sur l’autre chien comme je l’ai expliqué plus haut. Vous gagnerez un temps fou et ce que j’ai écrit au dessus ne sera pas pour vous. Peut être tout de même pour votre chien suivant. Tout comme l’arrêt, le patron quand il est naturel doit s’entretenir car il peut s’estomper plus la passion augmente. 

Veillez, en revanche, à ce que votre chien ne se contente pas de ce comportement sans jamais passer devant l’autre et en évitant toutes les initiatives car le patron naturel peut devenir une sorte de domination. Si tel est le cas et que vos accompagnants, homme plus chien » sont d’accord, lâchez votre chien d’abord seul. Laissez le prendre quelques arrêts pour lui redonner l’envie  de monter chercher le gibier. Remettez le en couple seulement ensuite et plus tard dans vos sorties, alternez le solo et le couple.      

Je pense avoir fait le tour du sujet, cependant il ne faut pas cacher que maintenant le patron peut également être appris avec les moyens modernes que sont les colliers électroniques. Si la méthode décrite dans ces lignes ne risque pas de faire trop de dégâts sur le mental de votre compagnon je ne suis pas certain qu’un doigt trop lourd sur un bouton ne cause pas des dommages irrémédiables. Le collier comme l’alcool… avec modération.       

Quoi de plus beau qu’un couple de chiens qui chassent en harmonie en se respectant mutuellement. Quand les chiens ont compris cela, les hommes, parfois, n’y sont pas parvenus.

Jean-Claude PIAT