LE JUGE: AMI OU ENNEMI ?

LE JUGE : AMI OU ENNEMI ?

Pour une fois je ne parlerai pas de chiens mais d’hommes pour alimenter la rubrique  « conseils de pro ». Pourtant c’est tout de même par le chien que j’ai appris à connaître les travers et les valeurs de l’homme.

Juge est déjà une bien grande dénomination quand il s’agit d’apprécier ou non des chiens. Arbitre aurait peut être été plus approprié mais la dénomination était déjà utilisé pour le foot et cet élément indispensable n’est pas forcément en odeur de sainteté pour certains supporters. Examinateur pourquoi pas ? Mais ne chipotons pas, ces « créatures » de la cynophilie ont été appelées juges internationalement il n’est pas question de remettre ce titre en question. Je vais donc parler des juges de travail.

Quand on est concurrent, que l’on soit amateur ou professionnel, il y a ceux que l’on aime et ceux que l’on aime pas. L’entre deux est très rare.

Le matin du concours les juges sont tirés au sort mais c’est une règle que l’on aimerait voir appliquée plus souvent. Les juges de couples sont désignés à l’avance par l’organisation. Quand l’organisation est compétente elle se débrouille seule, dans le cas contraire elle demande l’aide d’un membre de la Commission d’Utilisation, invité pour l’occasion. Les juges de couples sont souvent les mêmes car ils sont choisis parmi les meilleurs c’est comme cela depuis que les fields existent. Pourtant il ne devrait pas y avoir de juges meilleurs que d’autres mais ce n’est pas nous les concurrents qui avons cette optique ce sont ceux qui les désignent pour les installer, à vie, en couple… et toc ! ( le toc étant facultatif )

Vous arrivez le matin et les juges sont inscrits au tableau. Il est possible que le tirage ait été fait la veille pour gagner du temps dans la cohue du matin. Les soupçonneux peuvent déjà être un peu contrariés. Quoi qu’il en soit vous vous cherchez dans le programme et votre journée va être rythmée en fonction du nom de l’incontournable juge qui sera marié pour le meilleur et pour le pire à vos prodiges canins. Sur le papier vous êtes ravi ou déconcerté ? Vous allez vous présenter à votre juge, avec joie s’il est dans votre liste des préférences et par dépit si vous l’avez classé dans la liste de Schimmler. Vous allez lui faire bien sentir que vous l’aimez ou que vous ne l’aimez pas ou vous restez imperturbable afin que rien ne transpire de vos sentiments à son égard. Lui, de son coté, essaye de faire de même mais il y parvient mieux que vous car il a appris à se contenir cela fait partie du « métier » et ce sont les prémices de son pouvoir .

Sur le terrain vous voilà face à face et pourtant vous l’aurez toujours dans le dos. Le juge est « dressé » pour observer, apprécier ou pas, et ne doit faire aucun commentaire pendant le parcours. Faites comme s’il n’existait pas ne pensez qu’à bien conduire votre chien. Retournez vous le moins souvent possible simplement pour savoir s’il est bien derrière vous, qu’il peut tout voir, et que vous êtes bien dans l’axe du vent que vous avez choisis ensemble au départ.

C’est le juge qui doit voir les actions car tout ce qu’il voit est comptabilisé, ce que vous voyez seul n’a aucune importance. A la fin du parcours si vous avez le même point de vue que le juge, alors tout sera parfait que vous soyez classé ou éliminé. Les règlements évoluent et le juge vous donne maintenant le qualificatif obtenu par votre chien, ces nouveaux principes vous permettent de savoir où vous situer mais ne vous dit tout de même pas si avez gagné. Vous n’êtes plus obligé de vous torturer jusqu’au moment des résultats. Dites vous toujours que le meilleur des parcours peut être battu de cette manière vous ne serez jamais déçus Quand vous regardez un parcours du bord  de la route ne criez pas à l’injustice si vous voyez des choses différemment que peuvent les voir les acteurs en place sur le terrain. Vous n’avez pas forcément le bon angle de vue ou tout simplement le chien qui risque de vous battre a terminé son parcours et il continue pour l’autre chien de couple. Ne dites jamais « Machin » m’a dit qu’il avait vu que….. Car « Machin » voit toujours mieux que les autres et il est peut être un créateur d’embrouilles.

Les rapports que vous avez avec le juge en dehors des concours n’existe plus l’espace d’un ¼ d’heure si votre chien va au bout de son parcours. Il doit juste recadrer la situation si vous sortez des clous. Vous ramener au coude à coude avec votre concurrent en couple par exemple. Vous devez présenter votre chien sans dire un mot et en gesticulant le moins possible. Tous commentaires sur le comportement de votre « vedette » pendant votre prestation est à proscrire et devrait être sanctionné

à mon goût. Ce n’est pas vous qui jugez. Le juge, juge, le présentateur présente. Cela paraît simple au départ mais dans ce domaine il semblerait que tout parte à vau l’eau. Trop de discussions pendant

la présentation nuisent à la crédibilité des fields-trials. Les juges seront les seuls à pouvoir rectifier cette dérive. Les plus beaux parcours sont réalisés dans un silence total qui ne devrait être brisé que par le coup de feu qui accrédite un point. Je pense aussi que le téléphone portable devrait être coupé pour un juge qui juge et un présentateur qui présente.  

J’ai connu l’époque où le juge était intouchable et les présentateurs n’avaient qu’une seule chose à faire, rentrer le chien au camion et attendre le verdict. Nous sommes passés dans l’excès inverse où nous avons l’impression que chacun défend son bout de gras sur le terrain, à tort ou à raison, soit par des éclats de voix, soit par une pression constante dans le seul but de déstabiliser le juge. Le juge doit alors avoir la « moelle » de ne pas se laisser prendre au jeu du conducteur et c’est souvent le cas heureusement. La seule force du présentateur ne devrait être que la présentation de chiens à la hauteur.

Ne réclamez pas ce n’est pas beau et les juges n’aiment pas cela. Du TB au CAC il y a une marge importante car il peut s’agir d’ouvrir la porte à la classe travail en exposition ou de terminer un championnat. Les enjeux ne sont pas les mêmes pour tous.

Il est toujours possible de demander une explication au juge sur un parcours mais seulement après la fin du concours. Je n’en connais pas beaucoup qui refuseront. Il est envisageable que vous ne soyez pas d’accord sur des point précis mais essayer de rester de bonne foi. Mon chien ne pouvait pas prendre les oiseaux, il n’y avait plus de vent à cet endroit ! Il n’a pas patronné car il ne voyait pas l’autre chien ! L’interprétation des événements différent d’un individu à l’autre. La distance et l’endroit d’où partent les oiseaux, qu’il s’agisse d’un point ou d’un départ prématuré de ceux-ci, c’est le juge qui la détermine. Ce sont les juges laxistes qui font que ceux que je qualifierais de normaux passent pour des peaux de vache. Ne vous sentez pas persécuté, les bons chiens finissent toujours par passer même s’il peut arriver qu’ils soient mal jugés à votre goût. Chercher ailleurs la cause de votre échec mais ne faites pas porter systématiquement le chapeau au juge.

J’entends souvent : Allo ! J’avais un beau parcours pour gagner mais le juge……Rarement : le chien a fait une bêtise, le juge était parfait et je mérite la récompense qu’il m’a attribuée.

J’ai le sentiment que les « fraîchement » nommés qui sont maintenant sur le marché ne s’en laissent plus trop conter. Ceux çi ajoutés aux vieux routiers, j’ai le sentiment que le collège s’enrichit. Les mauvais, car il y en a tout de même, s’éliminent tout seuls où ne sont invités que dans leur club de race ou pour combler un manque.

Il est vrai que les mentalités changent, le présentateur est devenu plus agressif et éprouve souvent  l’envie de s’en prendre à l’autorité. Comme sur la route quand nous sommes pris en excès de vitesse c’est toujours immérité. Pourtant les règlements sont fait pour être appliqués qu’ils plaisent ou non. Quand votre chien se tape à une minute trente secondes cela fait mal aux tripes tout comme quand vous être verbalisé sur la route à 51 pour 50 Km h.

Le règlement est un garde fou pour les jugements aléatoires mais il demeure toujours cette fameuse interprétation qui peut être favorable ou défavorable en fonction du camp dans lequel on se trouve. Il faut savoir que quoiqu’il arrive le juge est intouchable car ses jugements sont sans appel.

Pour cette passion qui nous anime, que nous soyons juges, amateurs ou professionnels personne n’est coulé dans le même moule. Des juges privilégient le style, d’autres l’efficacité, et d’autre encore la prise de terrain. C’est cette diversité de vue qui donne un certain charme à nos compétitions et qui les rend impossible à formater.

Les juges et les concurrents se doivent un respect mutuel et seulement dans ces conditions les field-trials auront toujours un bel avenir devant eux. 

Le juge de travail joue un rôle important dans le respect des règlements, il est le reflet des field-trials.

Alors, ami ou ennemi le juge ?

J’ai envie de dire ami dans la vie pourquoi pas, inconnu pendant un parcours il le faudrait, ami de nouveau après le parcours quoi qu’il arrive, ennemi jamais.

Jean-Claude PIAT