INTERVIEW DE Jean-Claude PIAT par Jean-Paul BURIA

- Quel a été votre parcours cynophile ?

 

Après une jeunesse à suivre mon père par intermittence à casser quelques 2 CV camionnettes dans les champs et apprendre, en regardant, plus que par des méthodes tirées des manuels de dressage, il a fallu à un moment donné gagner sa vie pour nourrir une famille.

A lire les revues spécialisées, tous les nouveaux dresseurs entrent maintenant dans le métier par passion. Jusqu’à 20 ans, je pense ne pas avoir été bon à grand-chose, mes passions étaient dispersées et ailleurs… l’amour, celui du métier, n’est venu qu’ensuite. Quelques bons clients avec quelques bons chiens et la vie active pouvait vraiment commencer avec des succès sur lesquels je ne souhaite pas m’étendre au risque de lasser. Le nombre de CAC ne fait pas la réputation d’un dresseur, elle gonfle simplement un palmarès qui tape à l’œil mais ne sert qu’à flatter l’ego des récipiendaires. Une réputation s’obtient alors au fil du temps et elle vous colle à la peau sans que vous ne puissiez jamais vous en débarrasser, il vaut donc mieux qu’elle soit bonne.

Une grave maladie en 90 dont je ne devais pas me relever a calmé sérieusement mes activités. La grande faucheuse étant repartie sans moi avec malgré tout un chenil énorme à faire tourner m’ont fait changer d’orientation.

Le Gers est devenu mon lieu d’adoption et je continue à dresser pour mon plaisir et celui de mes clients…. Loin des turbulences des banlieues, sans contraintes, sans obligations de profit en privilégiant les valeurs humaines qui m’ont manquées pendant une activité intense et qui manquent maintenant à beaucoup de jeunes… obligation de rendement oblige.

En ce qui me concerne je dis que maintenant, en Fields, je gagne suffisamment pour ne pas que l’on m’oublie et pas trop pour ne pas déplaire à la concurrence. Quoique, en gagnant l’Open de France 2007 avec Tatum il semblerait que je sois maintenant sous haute surveillance.       

 

- Comment êtes vous devenu président de l'association des dresseurs ?

 

Tout simplement j’ai pris la succession de Michel HERBELIN en 1993 qui après 25 ans de bon et loyaux services souhaitait se retirer. Une élection facile sans compétition réelle tant la tâche pouvait faire peur au successeur de Michel. Au bout de 14 ans à la tête de l’ADP je dois me rendre à l’évidence que rien n’est simple dans le dialogue tant au niveau de nos dirigeants que des professionnels dont les différences des uns ne sont pas forcément les différences des autres.          


- Quelle est son rôle ?

 

Article 5 des statuts de l’ADP : Regrouper des dresseurs de « métier » défendre les intérêts généraux de la profession et promouvoir l’élevage du chien de chasse de qualité, tant en épreuve de travail, que dans l’exercice de la chasse pratique. Organiser des concours d’utilisation sous le règlement de la SCC. L’Association organise deux grands field-trials Un au printemps à THIVARS en Eure et Loire, et un autre en automne à ESCOURCE dans les LANDES. Pour les spécialistes le field trial sur bécasse de QUESTEMBERT dans le Morbihan et un autre de Grande Quête en hiver à BRAY SUR SEINE  en Seine et Marne.


- Comment se situe t-elle par rapport à la SCC ?

Nous sommes une association de professionnels. Aucun de nos membres ne peut siéger au sein d’un club encore moins à un poste important de la SCC et leurs statuts  sont rédigés dans ce sens. Il nous reste alors des postes de « consultants » que nous occupons de part et d’autre.  


- Et la Commission d'utilisation ?

Je suis membre de la cette commission en tant que Président de l’Association des dresseurs professionnels actuellement sous la Présidence de Jacques Goubie. J’y ai été admis avec difficulté puis exclu en fonction des présidents successifs. Comme les commissions sont  nommées tous les trois ans le cycle est assez court pour en être sorti comme l’on été certains sans que l’on sache vraiment pourquoi ou tout simplement pour incompatibilité d’humeur. La dernière fois j’ai été nommé à l’unanimité, c’est une première. Pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir changé, ni d’idées ni, de comportement. Je crois plus que ce sont eux qui ont changé et qu’ils se sont rendus compte qu’il était difficile de faire sans tenir compte de l’avis des 80% de représentativité que nous sommes sur le terrain.

La commission travaille et c’est le comite de la SCC qui entérine.

 

- Etes-vous consultés ?


Oui, régulièrement nous travaillons ensemble sur les calendriers, les règlements et d’autres points importants concernant les chiens de travail. Je pense servir de tampon entre la profession et les autorités. Les professionnels que je représentent ne sont pas tous coulés dans le même moule : individuellement ils sont charmants, en meute les coups de crocs peuvent partir à tout moment. Dans toutes les disciplines il faut que des règles soient établies et qu’elles soient respectées même si elles ne conviennent pas à tous.

Le juge de travail joue un rôle important dans le respect des règlements, il est le reflet des field-trials.


- Avez-vous perçu une évolution dans les fields ces dernières années ?


Les règlements viennent d’être réimprimés dans une version définitive qui ne devrait plus bouger avant 5 ans. Pour les races britanniques l’évolution est certaine comme la limite d’âge en catégorie solo (5 ans) pour un passage en couple obligatoire. Pour les races continentales rien ne change vraiment. Cette différence est essentiellement due à la diversité des races continentales.

Les récompenses ont été allégées pour les femelles afin qu’elles puissent accéder plus facilement au titre de championne de travail. Il est plus difficile de mener à terme la carrière d’une chienne à cause des problèmes hormonaux qu’elle subit, de là cet assouplissement qui facilitera la reproduction.

Il y a de bonnes choses et d’autres moins bonnes et il est impossible de plaire à tout le monde. Entre le business des uns la « championnite » des autres, il ne faut pas perdre de vue que le field trial est destiné à l’amélioration des races.    


- Une réforme des fields serait-elle nécessaire ?

 

Nous avons étudié la possibilité de concours sélectifs pour qualifier au préalable les chiens et leurs donner la possibilité d’accéder au concours ouvert. Devant la difficulté à trouver des terrains avec du gibier sauvage pour tous, et  qui plus est, limité dans le temps, le projet a été abandonné.

Après le 14 avril en France les concours sont interdits, en Belgique, par exemple, il s’en organise encore. En Italie de grandes compétitions sur cailles lâchées se déroulent en inter saison, en France la caille est interdite. Nous sommes les précurseurs de l’interdiction.

Si une réforme devait avoir lieu il faudrait d’abord réformer la bêtise des anti tout.


- Quels sont vos objectifs pour 2007

Pas d’objectif particulier, continuer à mener à bien nos organisations est déjà bien suffisant lorsque l’on connaît le travail que cela implique et le peu de volontaires pour s’y employer.

Nous devions organiser un séminaire de concertation entre juges et conducteurs de field afin d’harmoniser les jugements en 2006. Ce séminaire a du plomb dans l’aile car l’ADP serait la seule à le financer et nos moyens ne nous le permettent pas.

Nous changeons donc d’objectif et nous nous dirigeons maintenant vers une réunion de concertation entre professionnels avec tous les présentateurs en couple car il y a dans ce domaine quelques soucis techniques qu’il serait souhaitable de régler.

Nous avons des élections à la fin de l’année et notre bureau perdra quelques « vieux » dresseurs qui ne souhaitent pas se représenter. Quelques jeunes doivent rentrer et donner, je l’espére un souffle nouveau à notre association.                            .      

- Que pensez-vous du collier électronique ?

 

Comme je l’ai dit souvent c’est un outil à broyer du chien qu’il ne faudrait pas mettre dans n’importe quelles mains. Malheureusement il est fréquemment mal utilisé par le particulier et des dresseurs sont maintenant nés avec cet instrument. Le collier a été interdit dans quelques pays, la France à contrario du reste continue à l’autoriser et nous avons défendu son emploi, pour les professionnels et des personnes initiés auprès de la protection animale. Je me pose parfois la question de savoir si tous les dresseurs sauraient encore nager si on leur supprimait cette bouée ?    


- Que pensez-vous de la possible création d'une fédération des sports canins ?
Rien…. mais pourquoi pas ?


- Avez-vous des projets pour développer  les concours de chiens de chasse ?
Non. Dans le sud ouest des concours de chiens de chasse ont lieu tous les week-end et sont organisées par les Sociétés de Chasse qui approvisionnent de cette manière leur territoire en gibier. Les chasseurs prennent plaisir à y présenter leurs chiens. La participation est importante et les lots également, les chasseurs peuvent s’essayer, les juges ne sont pas qualifiés, des dresseurs professionnels remplissent parfois ce rôle et tout cela en parfaite convivialité. Que voulez vous nous fassions de plus ? 

 

- Avez-vous un modèle européen ?

La France possède les meilleurs terrains de printemps. Les amateurs Italiens ont la culture de la compétition la passion du chien et consacrent beaucoup d’argent à la cynophilie sportive. Ils ont sans doute les meilleurs chiens de concours. Le gibier sauvage est présent en Belgique, en Hollande et plus à l’est encore. En France peu de concours sur faisans sauvages. Aucun modèle n’est parfait. Il faudrait prendre un peu des uns et des autres pour que je trouve un modèle parfait.

Le plus gênant dans les compétitions internationales c’est la magouille à haut niveau. Le meilleur des juges en temps normal peu devenir le plus corrompu pour faire gagner une nation plus qu’une autre. On sait cela depuis toujours et rien n’est fait…. le juge est intouchable…. La police des polices  n‘est pas à l’ordre du jour.